Complot – extraits – Bob Decoster

Au cœur du pouvoir, chaque décision peut faire basculer la République.

Chapitre 4

J-5 avant le premier tour de l’élection présidentielle

Sortie du bunker Jupiter, après l’alerte. Je monte au premier.

La porte de la salle du bureau du secrétaire général est grande ouverte. Je l’entends s’en prendre au téléphone à un ministre. Je me dis que c’est plutôt le travail du Premier ministre, mais bon, tout le monde l’appelle le vice-président ici ; ce n’est pas pour rien…

J’attends dans le vestibule, situé en face du bureau doré du président. L’huissier rejoint son bureau, juste à côté.

— Entrez, Commandant !

Je m’exécute et jette un coup d’œil sur le mobilier : c’est comme si je me trouvais dans le bureau d’un avocat.

— Bon, je n’irai pas par quatre chemins. Vous m’emmerdez, Max !

Je ne vois pas.

Et pourquoi ce ton vulgaire ? On se connaît mon gars ?

— Que faites-vous avec Sasha ? C’est une femme intelligente, mais quelle emmerdeuse de première — vous lui faites du gringue ?

— Comment ?

Je m’étonne, la bouche ouverte.

— Le président s’adressera à la nation ce soir à vingt heures pour déclarer l’état d’urgence… pardon, l’état de siège… finalement. Évitez les investigations pendant deux jours mais… restez vigilant. Observez ! … Bon, nous avons un Conseil des ministres. Sortez maintenant !

J’obtempère.

De retour dans le vestibule, la porte du président s’ouvre de l’intérieur.

— Entrez, commandant !

Attendait-il ma sortie du bureau de son subalterne ?

Le bureau doré est impressionnant. Ma vue se porte sur les croquis d’enfants devant la vaste vitre et le tas de livres d’espionnage, de jeunes écrivains — pour capter son attention. Il est vrai aussi que le président lit beaucoup.

— Tout va bien… ?

Il n’attend pas ma réponse et poursuit :

— … Vous travaillez avec la journaliste Sasha. Il est crucial de garder cela secret, agent. Je l’apprécie beaucoup, la petite avec sa grande langue. Mais ne le répétez à personne ! Je nierais.

Cette remarque me fait éclater de rire.

Sérieux ? Pourquoi ce ton relâché ?

La pression monte. C’est l’Élysée.

— J’ai lu le rapport d’un service sur la fusillade d’hier soir. Vous l’avez échappé belle !

— Oui, personne de touché. Une bagarre dans l’arrière-cour a entraîné des mesures de rétorsion. Heureusement, ils n’ont visé que les voitures, comme un avertissement. Les services ont bien réagi.

— Je l’ai appris. Nous nous rapprochons de l’élection présidentielle. Et j’ai consulté le président du Conseil constitutionnel sur l’éventualité de sa suspension provisoire de l’élection avant terme. La procédure est complexe, vous en saurez plus prochainement. Allez, trouvez-moi cette taupe  ?

Je hoche la tête.

— Faites vite ! Les enjeux vous dépasseront, vous verrez.

Sans plus de formalités, il ouvrit la porte.

Je sors.

Rien n’est clair. Encore moins à l’Elysée.

 Tandis que je me dirige vers la sortie, je croise devant la grille Sasha qui attendait près de la berline noire. Elle scrute les alentours avec une vigilance accrue. Je réponds à son regard. J’ai déjà vécu cette situation. Ça finit toujours mal. J’espère me tromper.

Elle recherche peut-être l’appui d’un pro. J’y répondrai.

Le président interviendra à 20 heures, comme prévu. Je rentre. Je n’oublie pas que Maëlis sera là. Son boss m’a demandé de l’héberger quelques jours. Je ne comprends pas. J’avance.